L’assomption de Marie au Ciel

C’est dans un document consacré au mystère de l’Église, appelé Lumen gentium, que le Concile Vatican II a souhaité nous présenter une synthèse doctrinale sur la Vierge Marie. En effet, si nous voulons vraiment connaître Marie et la place exceptionnelle qu’elle occupe dans l’histoire du salut, nous devons toujours, affirme le Concile, la contempler « dans le mystère du Christ et de l’Église. » Oui, c’est bien parce qu’elle est la Mère du Christ que Marie est aussi la Mère de l’Église qui est le Corps social du Christ. Et chaque baptisé peut donc trouver en elle une mère pleine de bonté.

Mère de l’Église, Marie est aussi, d’après le Concile, « un membre suréminent et absolument unique de l’Église. » Et c’est au mystère de son Assomption au Ciel, que le Concile rattache la mission maternelle de Marie envers tous les disciples de son fils. Permettez-moi de citer ce merveilleux passage : « Après son Assomption au Ciel, le rôle de Marie dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse. »

Je reviendrai plus tard au texte du Concile. Car je souhaite, auparavant, à partir de la Parole de Dieu, contempler Marie avec vous, dans le mystère de sa vocation surnaturelle.

Ainsi, le livre de l’Apocalypse nous fait voir cette fresque saisissante, située à la fin des temps, dans laquelle deux signes s’affrontent et se combattent : La Femme et le Dragon. L’exégèse contemporaine a beaucoup glosé sur l’identité de cette femme… En effet, là où certains affirment qu’il s’agit de la Vierge Marie, d’autres, arguant du fait que la Vierge n’a jamais été persécutée de son vivant, assurent qu’il s’agit plutôt de l’Église. En fait, je pense que tous ont raison. Cette femme est bien une figure de l’Église mais justement, l’Église, dans le mystère de sa maternité spirituelle, porte en elle-même les traits caractéristiques de la Vierge Marie. Les Pères de l’Église, en effet, aimaient à dire que Marie est la forme de l’Église, son prototype… Vous voyez, c’est quelque chose de très beau… Comme Jésus devait nécessairement son patrimoine génétique à sa mère, l’Église, étant le corps mystique du Christ, doit également à Marie quelque chose de son patrimoine spirituel.

Ce quelque chose, que l’Église doit à Marie, nous pouvons aussi l’appréhender à partir de la deuxième lecture. Par son Assomption au Ciel, Marie participe déjà pleinement à la Résurrection de son fils et à son triomphe sur la mort. Comme créature, Marie est donc historiquement, dans l’histoire du salut, la première créature à être totalement et parfaitement sauvée. Mais justement, comme première rachetée, endormie dans le Christ, parfaitement unie à lui dans les liens de la foi qui aime, Marie est aussi, pour l’Église tout entière, le signe vivant, exemplaire, de l’œuvre que réalise la grâce de Dieu en l’homme. Pour le dire plus simplement, comme première créature totalement sauvée, Marie est un modèle de sainteté absolument unique. Ce quelque chose que l’Église doit à Marie s’enracine donc dans une écoute religieuse de la Parole de Dieu, autrement dit dans une disposition surnaturelle du cœur à faire la volonté de Dieu. Et cette disposition surnaturelle à faire la volonté de Dieu découle, précisément, d’un trait de caractère propre à la Vierge Marie : sa compassion extraordinaire pour le genre humain. Oui, la compassion universelle de Marie a beau être extraordinaire et incompréhensible pour nous qui sommes marqués par le péché, elle n’en demeure pas moins réelle !

La foi de l’Église proclame donc qu’il existe une relation surnaturelle entre Marie qui enfante le Verbe à la vie des hommes et l’Église qui enfante des hommes à la vie de Dieu. Et cette relation surnaturelle a pour fondement un mystère de compassion extraordinaire pour le genre humain. Tout comme Marie touchée à Cana, l’Église nous dit : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Et tout comme l’Église s’exprimant à travers saint Paul, Marie souhaite que tous les hommes parviennent au Salut et à la connaissance de la vérité (Cf. 1 Tim., 2, 3).

Dans l’Évangile, enfin, deux vertus de Marie sont mises en avant. L’exemplarité de sa foi, tout d’abord, lorsqu’Élisabeth proclame : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Puis l’humilité de la Vierge, ensuite, telle qu’elle se révèle à travers les paroles de son Magnificat : « Il s’est penché sur son humble servante… Il élève les humbles. »

Oui, Marie a été élevée dans la gloire du Ciel, inséparablement avec son corps et son âme, parce que durant toute sa vie, son corps et son âme, par l’obéissance et l’humilité de sa foi, ont été inséparablement le tabernacle vivant du Verbe de Dieu. Et c’est dans ce contexte des vertus mariales que le Concile Vatican II peut justement nous aider à comprendre ce qu’est la vraie dévotion mariale, comme aimait à l’enseigner le Père de Montfort :

« Que les fidèles se souviennent qu’une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit à reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu, et nous pousse à aimer cette Mère d’un amour filial, et à poursuivre l’imitation de ses vertus. »

En ce jour de fête, pour l’Église et la France depuis le vœu de Louis XIII qui consacra son royaume à la Vierge, demandons à Marie de nous faire grandir dans la foi et l’humilité. Puissions-nous l’aimer vraiment et d’elle, apprendre ce qu’est la vraie compassion.

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